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En
appeler à l’esprit et au cœur des paysans
Il fut un temps où Kouame Dembele de la zone de Bamoro,
en Côte d’Ivoire, était un simple paysan qui
attendait, impuissant, l’arrivée des responsables
gouvernementaux ou des ONG pour la résolution de ses
problèmes aux champs. Aujourd’hui, Dembele forme
d’autres paysans sur demande grâce à la nouvelle
approche d’apprentissage en milieu paysan appelée
‘Apprentissage participatif et recherche-action (APRA)’.
La formation dispensée par Dembele est tenue en si
haute estime que les paysans sont prêts à lui payer
2000 CFA (environ 3€) par session – somme
relativement significative pour des paysans dans cette région.
Cette transformation n’a pas eu lieu du jour au
lendemain. Il a fallu plusieurs sessions APRA pour que
Dembele découvre que les paysans ont en eux
l’aptitude essentielle nécessaire pour
résoudre la plupart de leurs problèmes. Ils doivent
seulement apprendre à mieux observer, analyser, prendre
les décisions appropriées et s’organiser pour agir.
En gros, c’est là toute la philosophie de l’APRA
– un effort pour promouvoir le changement
technologique en améliorant la capacité des paysans à
échanger des connaissances, des expériences et des
pratiques et trouver ainsi des solutions à leurs problèmes,
eux-mêmes.
Le résultat, c’est non seulement une augmentation
tangible de la productivité agricole, mais aussi des
paysans plus autonomes et un système de production plus
durable. Bien qu’encore au
stade expérimental, l’approche APRA, basée sur le
principe d’un processus d’apprentissage social de la
base vers le sommet est en train de briser les mythes
sur le transfert de technologies et
de changer ce que les paysans pensent d’eux-mêmes et
ce que beaucoup pensent d’eux.
Dans la zone de Bamoro et Lokakpli en Côte d’Ivoire,
par exemple, le rendement en riz des paysans, qui ont
adopté la technologie de gestion intégrée des
cultures (GIC) grâce à l’APRA, a augmenté
d’environ 0.6 tonne par hectare, dès la première année.
Les paysans de cette zone sont en train de former un
centre d’échanges ruraux où les paysans formés disséminent
non seulement des technologies, mais aussi les éléments
clés du raisonnement scientifique ainsi que les
avantages de l’action communautaire aux villages
voisins à travers un apprentissage de paysan à paysan.
“L’APRA sert de point d’entrée pour la dissémination
de connaissances sur des questions et interactions
complexes comme la GIC pour laquelle l’approche
conventionnelle de transfert de technologies, du sommet
vers la base, n’est pas appropriée,” explique Dr
Toon Defoer, le Spécialiste de dissémination des
technologies à l’ADRAO, qui a mis au point l’idée
de base de cette méthodologie et peut donc être appelé
le père de l’APRA.
Pas du tout disposé à prendre tout seul le crédit de
cette méthodologie, Dr Defoer indique que tout celui
qui a été en contact avec l’APRA a une part dans son
évolution, parce que
c’est une approche qui doit être adaptée aux
conditions spécifiques.
L’approche APRA est en train d’être utilisée avec
succès par l’ADRAO dans les systèmes riz de bas-fonds
sur plusieurs sites en Côte d'Ivoire, en étroite
collaboration avec le service national
de vulgarisation ANADER.
L’APRA a aussi été initiée au Mali, au Togo, et au
Bénin et sera bientôt étendue à la Guinée, au Ghana
et à la Gambie et plus tard à d’autres pays dans le
cadre du réseau ‘ROCARIZ’, coordonné par l’ADRAO.
L’APRA utilise une vaste gamme d’outils
d’apprentissage comme les calendriers culturaux, les
cartes, les diagrammes et les formulaires de
surveillance. Ces outils facilitent la compréhension de
concepts complexes. Actuellement, les outils
d’apprentissage de l’APRA comprennent 28 modules
constituant le programme d’apprentissage paysan sur la
GIC. Il est envisagé de publier ces modules sous forme
d’ensembles de manuels de formation en anglais et en
français.
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